Quand on a jamais mis des crampons, on ne le sait pas. On est surpris. On s’attend à tomber, à glisser, ou justement à ne pas tomber, ne pas glisser, à se planter un bout de métal dans le mollet, dans une chaussure, on s’attend à trébucher. Mais comme on s’est entraîné la veille à marcher avec, on écarte bien les pieds. On s’imagine avec sa gourde entre les cuisses et on écarte les jambes. Alors bien sûr, comme on pense à tout ça, on ne s’y attend pas et on est surpris quand ça arrive. C’est le bruit que ça fait, les crampons, quand ils rentrent dans la neige dure. Ca surprend. Un bruit comme on en a jamais entendu. Un crissement qui ressemble à un coup de couteau qui découpe de la meringue bien gonflée. Alors, on a le goût de la meringue qui pénètre les papilles et envahit la bouche. C’est drôle. Ca monte des pieds en vibration, passe par les oreilles en bruit et entre dans la bouche en goût. Du vrai blanc d’œuf, la neige ! Un énorme gâteau qu’on va se manger gentiment jusqu’à souffler les bougies sur le sommet. La chanson, c’est le bruit des crampons. Ca monte dur, les crampons accrochent. La meringue, elle se mérite. Il faut les battre, les œufs de la montagne, les monter en neige, les cuire sous le soleil, derrière les vitres du four que sont nos lunettes de glacier. On souffle des bougies à chaque pas; mais quel âge elle a, cette montagne? On souffle de plus en plus vite, de plus en plus fort. La meringue est dure et le couteau de nos crampons fend, découpe une part sur la crête. La musique s’arrête. Plus de coups de couteau dans la meringue. On a mangé toute sa part. Alors, délicatement, on cueille la cerise rouge du gros gâteau d’anniversaire, on la porte à ses lèvres, le goût se transforme en cri de victoire. On a le monde à ses pieds. Pierre
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